IRINA MIHAELA ŞERBAN LES SUPPORTS DIDACTIQUES DE CULTURE ET DE CIVILISATION EN CLASSE DE LANGUE Editura Sfântul Ierarh Nicolae 2026 2 Referent ştiinţific : Prof. univ. dr. hab. Carmen ANDREI Facultatea de Litere Universitatea ,,Dunǎrea de Jos’’, Galaţi 3 TABLE DES MATIÈRES Introduction .....................................................................................................................4 Les supports didactiques de culture et de civilisation en classe de langue I.1. Définition et historique...............................................................................................6 I. 2. Avantages des documents authentiques...................................................................11 I. 3. Limites des documents authentiques.......................................................................13 I.4. Différentes et diverses classifications des documents authentiques...............................................................................................................................16 I.4.1. Les documents authentiques écrits.........................................................................18 I.4.2. Les documents authentiques oraux........................................................................21 I.4.3. Les documents authentiques visuels et télévisuels (audiovisuels).........................23 I.5. La chanson en classe de FLE....................................................................................26 I.6. La vidéo en classe de FLE........................................................................................34 I.7. La bande dessinée (BD) en classe de FLE................................................................39 Bibliographie / Sitographie...........................................................................................42 4 INTRODUCTION Le but de l’enseignement d’une langue étrangère s’appuie, tout d’abord, sur une démarche visant la capacité de communiquer. Mais, dans ce cas, la maîtrise du système de la langue ne suffit pas, il faut connaître aussi les aspects qui relèvent de la culture et de la civilisation qui y jouent un rôle principal. La séparation de l’enseignement de la langue et l’enseignement de la culture et de la civilisation représente, de nos jours, l’une des préoccupations primordiales de la didactique moderne ayant un objectif formatif ainsi que pragmatique. Apprendre le français signifie apprendre aussi et en même temps la culture et la civilisation françaises, complexes et raffinés, représentant un apport à cette œuvre immense qui est la civilisation humaine. Le choix de notre sujet de recherche nous est arrivé grâce au stage « Actualisation des connaissances en civilisation française », stage que nous avons suivi et qui a été animé par Mme Eliane Grandet, formatrice en FLE, conseillère pédagogique au Cavilam de Vichy, France, et auteur de la Collection « Activités pour la Cadre Européen Commun de Référence ». Il s’agissait d’une formation pour les professeurs de français de tous les coins du monde, organisée en collaboration avec le Centre Culturel Français de Iaşi et l’Inspectorat Scolaire de Iaşi, Roumanie. Le cours s’est avéré très intéressant et en même temps une provocation pour nous, en tant qu’enseignante de FLE. Dès notre retour, tout de suite, nous avons mis en pratique les stratégies et les méthodes apprises pour rendre nos classes plus attrayantes et pour sensibiliser une fois de plus nos élèves à l’étude de la langue et de la civilisation françaises. De plus, nous avons rédigé un cours optionnel pour les classes de philologie, ayant comme titre Culture, civilisation, communication et nous avons observé ainsi que nos élèves étaient très réceptifs et motivés à découvrir, à travers des documents authentiques, les richesses de la culture et de la civilisation françaises. Par la suite, ils ont participé à de nombreux concours nationaux et internationaux d’où ont rapporté des prix et ont aussi obtenu des Diplômes d’Études en Langue Française, niveaux A1 / A2, B1 / B2. Par le biais de ce travail nous proposons de passer en revue quelques définitions et un historique des documents authentiques, tout comme leurs avantages, leurs limites / inconvénients 5 et leurs diverses classifications. Parmi la multitude des supports existants, nous allons aborder une analyse de ceux qui sont les plus représentatifs pour la classe : les documents authentiques écrits et les stratégies de lecture, les documents authentiques oraux et les diverses grilles d’écoute, les documents authentiques visuels et télévisuels et les étapes dont il faut tenir compte pour un scénario didactique. Pour illustrer la théorie, nous allons présenter quelques modèles d’exploitation des supports tels que la chanson, la séquence vidéo, la bande dessinée. 6 Les supports didactiques de culture et de civilisation françaises en classe de langue I.1. Définition et historique La littérature a longtemps été considérée comme un objectif et un support incontournable dans l’étude d’une langue étrangère. Mais, à partir des années 1970, l’importance accordée au texte littéraire a commencé à s’atténuer, à cause de l’apparition d’un nouveau concept, celui de document authentique, qui représente le passage d’une didactique de la langue à une didactique de la parole. Le mot document provient du latin documentum et signifie leçon, exemple qui sert à instruire et désigne, d’après le didacticien Jean-Pierre Cuq, « tout support sélectionné à des fins d’enseignement et au service de l’activité pédagogique Selon le même auteur, le terme s’est imposé dans les années 1970 pour recouvrir toute une variété de supports. Un document peut être « fonctionnel, culturel, authentique ou fabriqué ; il peut relever de différents codes : scriptural, oral ou sonore, iconique, télévisuel et électronique. Mais utilisé à des fins pédagogiques, il résulte d’un choix méthodologique qui lui assigne, dans la séquence didactique dans laquelle il est inséré Le mot authentique vient du grec authentikos et signifie, conformément au dictionnaire Larousse, « dont l’exactitude, l’origine est incontestable des langues, le terme authentique, est en général associée à document et « s’applique à tout message élaboré par des francophones pour des francophones à des fins de communication réelle : elle désigne donc tout ce qui n’est pas conçu à l’origine pour la classe Il faut noter ici l’existence d’un autre terme, celui de document fabriqué qui désigne « tout support didactique élaboré en fonction de critères linguistiques et pédagogiques précis en vue de 1 Jean-Pierre Cuq, Dictionnaire de didactique du français-langue étrangère et seconde, Paris, Clé international, 2003, p.75. 2 Ibidem, p.75. 3 Le Petit Larousse, Larousse, Paris, 1993, p.106. 4 Jean-Pierre Cuq, op. cit, p.29. 7 l’apprentissage d’une langue étrangère nos jours, les deux types de documents sont proches l’un de l’autre aussi bien pour reproduire une utilisation vraisemblable de la langue que pour donner une vision plus fidèle de la culture française. Mais, il est préférable d’utiliser un document authentique dans l’enseignement des langues vivantes, car cela nous aide à créer des situations d’interaction qui se produisent en milieu naturel. L’expression document authentique est apparue pour la première fois au cours de la décennie 1970, dans l’article écrit par Daniel Coste, intitulé « Textes et documents authentiques au Niveau 2 » pour passer du niveau 1 au niveau 2 de la méthodologie SGAV (Structuro-Global Audio-Visuel). Sans nier totalement l’importance du document authentique il reste prudent en ce qui concerne son utilisation. Textes et documents authentiques ne gardent leur saveur précieuse que s’ils trouvent place dans un moment de communication authentique. […] mieux vaut à la limite introduire des textes fabriqués dans des situations authentiques de communication que d’utiliser le texte authentique comme support et justification d’exercices parfaitement À son tour, Bérangère Lesage affirme que « tout le problème était de donner une suite aux méthodes audiovisuelles pour débutants, c’est-à- dire de créer un niveau 2 Les didacticiens R. Galisson et D. Coste définissent le document authentique, en ajoutant des nuances supplémentaires : « [...] tout document sonore ou écrit, qui n’a pas été conçu expressément pour la classe, ou pour l’étude de la langue, mais pour répondre à une fonction de communication, d’information ou d’expression linguistique réelle La même idée du document élaboré à des fins de communication réelle est reprise par J.P. Cuq : L’entrée dans la classe de langue des documents authentiques, appelés également documents bruts ou sociaux, date des années 1970 avec la réflexion engendrée pour définir le niveau 2 de la méthode SGAV. Elle répond 5 Ibidem, p.100. 6 Daniel Coste, « Textes et documents authentiques au Niveau 2 », in Le Français dans le monde, no. 73, 1970, p.89. 7 Bérengère Lesage, « Le courrier des internautes » Authentique », mode d’emploi », in Le Français dans le monde, no.331, 2002, p. 63, cité par Sanda-Marina Bădulescu, « L’utilisation du document authentique-garantie de la pédagogie du succès en français de spécialité », Universitatea din Pitesti, 2009, p. 398, disponible sur juillet, 2017. 8 Robert Galisson, Daniel Coste, Dictionnaire de didactique des langues, Hachette, Paris, 1976, p.21, cité par Sanda- Marina Bădulescu, op.cit., p. 398. 8 au besoin de mettre l’apprenant au contact direct de la langue et de concilier l’apprentissage de la langue à celui de la civilisation ; depuis, l’exploitation pédagogique des documents authentiques s’est généralisée pour couvrir l’ensemble des niveaux et concourir à l’acquisition d’une compétence André Reboullet propose deux autres définitions. La première fait une distinction entre authentique et fabriqué : « l’authentique s’oppose à fabriqué, et englobe tout ce qui relève de la fonction d’expression et de la fonction d’information la deuxième envisage une nouvelle pédagogie : « […] l’entrée de l’authentique correspond à un enseignement davantage tourné vers la vie et l’actualité, plus sensible aux motivations et aux besoins de Selon Cuq et Gruca, les matériels didactiques utilisés jusqu’à la fin des années 1960 dans l’enseignement du FLE se : - d’un manuel contenant des textes ou des dialogues, des illustrations et des exercices. Que ce soit pour les méthodes traditionnelles ou pour celles audiovisuelles, les unes privilégiant les textes, les autres les dialogues, dans les deux cas, les supports sont en général fabriqués à des fins linguistiques avec des intentions pédagogiques évidentes ; - et, pour les méthodes SGAV, de bandes magnétiques reproduisant les dialogues et proposant des exercices d’une part, et, d’autre part, de films fixes et / ou de figurines pour tableau de feutre pour accompagner les illustrations du manuel et les dialogues du matériel sonore. Ce type de matériel était rigoureusement organisé ; l’apprenant avait accès seulement aux éléments qu’il pouvait mémoriser en une séance et ces éléments étaient contenus dans la leçon du manuel. Même si les dialogues représentés la parole en situation, ils véhiculaient en réalité des structures langagières limitées et simplifiées. Dans ce cas : « […] le maniement d’une langue appauvrie, sans ressort affectif, se réalisait également dans un contexte socioculturel très stéréotypé, peu vraisemblable, sans diversité aucune, faussant la dimension civilisationnelle recherchée 9 Jean-Pierre Cuq, op. cit., p.29. 10 André Reboullet, Guide pédagogique pour le professeur de FLE, Hachette, Paris, 1997, p.32, cité par Sanda-Marina Bădulescu, op.cit., p.398. 11 Ibidem, p.398. 12 Jean-Pierre Cuq et Isabelle Gruca, Cours de didactique du français langue étrangère et seconde, PUG, Grenoble, 2012, p. 428. 13 Ibidem, p.428. 9 Il s’imposait, donc, une adaptation plus grande à une variété des situations de communication et à une évolution rapide des documents didactiques dirigés vers le vraisemblable et l’authentique. L’apparition du document authentique a permis aux didacticiens d’unir l’enseignement de la langue à celui de la civilisation et de mettre ainsi l’apprenant en contact avec la langue « réelle ». De cette manière, la langue devrait être enseignée dans sa fonction de communication réelle et les supports didactiques doivent être intégrés dans la culture et la civilisation françaises. L’introduction des documents authentiques favorise l’accès à une langue plus vivante et diverse tout en tenant compte des lacunes évidentes de l’élève ; la progression ne peut donc être totalement éliminée, mais elle doit offrir plus de souplesse et jouer un rôle moins important. C’est pourquoi, on préconise généralement des textes filtres, c’est-à-dire fabriqués à des fins pédagogiques pour préparer l’accès aux documents authentiques. Qu’il s’agisse de support écrit ou oral, le texte fabriqué doit présenter la même thématique que le document emprunté aux diverses sources de communication de la vie réelle et véhiculer les principales structures langagières propres à ce type de communication ; l’exploitation linguistique et le renforcement des connaissances se feront avec les textes filtres afin de permettre une exploitation plus authentique des documents non prévus pour la classe de Le matériel didactique qui illustre très bien cette approche est réalisé par une équipe du Crédif, constituée de telle manière à présenter deux dossiers contenant des documents fabriqués (dialogues et textes) et ce n’est que dans le troisième qu’on proposait aux apprenants le document authentique, souvent d’origine médiatique. C’est la méthode Interlignes qui aborde l’enseignement de la civilisation en suivant ces principes. En revanche, les didacticiens de l’équipe BELC renoncent à cette étape préliminaire, ils ne s’intéressent pas aux exercices de simulation, accordant le plus grand crédit à la communication réelle et à l’initiative des élèves. Ils ont créé en 1971 une série des dossiers de civilisation : Langue et civilisation – Douze dossiers pour la classe avec exploitation des documents sonores. En 1975, par la méthode C’est le printemps la didactique du FLE connaît une nouvelle étape dans son développement vers une approche communicative. Bien qu’il s’agisse d’une méthode créée pour le niveau 1, on a dépassé ces limites grâce à des dialogues fabriqués mais 14 Ibidem, p.429. Next >