Universitatea "Alexandru Ioan Cuza" din Iași Facultatea de Litere Specializarea: Traducere și Terminologie LUCRARE DE DISERTAȚIE Coordonator: Conf. dr. Mihaela Lupu Candidat: OLARU Elena Iaşi Iunie, 2024 Mihail Sadoveanu en version française : analyse des gains et des pertes 3 Table des matières I. I.1. I.2. I.3. II. II.1. II.2. III. III.1. III.2. III.3. III.4. III.5. III.6. III.7. III.8. III.9. III.10. III.11. 4 Avant-propos Dans ce mémoire, nous nous proposons d’analyser la traduction de l’œuvre Fântâna dintre plopi écrite par l’écrivain Mihail Sadoveanu. Cette œuvre fait partie du volume Hanul Ancutei, paru en 1928. Cette œuvre se distingue des autres par l'incroyable message qu'elle transmet, à savoir que l'amour exige des sacrifices et que c'est par l'amour que nous parvenons à vivre. Nous avons choisi d'analyser ce récit parce qu'il est très intéressant et descriptif. Il se distingue par les images et les figures de style qui prédominent tout au long du texte, par les régionalismes et les archaïsmes qui apportent une note d'authenticité, par les expressions et les éléments culturels qui donnent de l'originalité au texte. L'analyse de ce travail nous a permis de découvrir l'originalité et la créativité du traducteur qui a réussi à transposer tous ces éléments culturels d'une manière unique. Le traducteur a traduit tout le volume de nouvelles Hanul Ancutei. Il a eu à faire un travail très assidu, car il y a de nombreux défis qu'il a surmontés avec succès. Le traducteur Yves Auger a dédié son temps à la traduction de ce recueil qui est apparu en 1943. La traduction de ce volume présente de nombreux avantages pour ceux qui aiment la lecture. Elle s'adresse à tous les francophones désireux de découvrir le monde fascinant des Roumains de la région de Moldavie. La lecture de ce volume et de ce récit en particulier est vraiment merveilleuse si l'on parvient à pénétrer les mystères de la vie roumaine du début du XXème siècle. Pourquoi disons-nous cela ? Parce que le texte est très riche en expressions idiomatiques, en termes populaires, en archaïsmes et en régionalismes. En outre, nous sommes témoins d'une vie rurale authentique qui se déroule à l'auberge d'Ancoutza et dans les lieux environnants. Nous sommes également pris dans les aventures des personnages principaux qui passent par de nombreuses émotions et états, qui sont décrits d’une manière unique. En traduisant les pensées et les sentiments des personnages, nous avons l'impression de faire partie de l'histoire. Il est également important de préciser que les noms des personnages reflètent l'authenticité du texte. La plupart d'entre eux ont été traduits, mais les autres sont restés non traduits, ce qui pourrait empêcher un lecteur francophone de comprendre le texte en profondeur. 5 On peut certainement dire que la traduction de cette œuvre présente de nombreux avantages, le plus important étant la reconnaissance du statut de l'écrivain Mihail Sadoveanu en tant que génie littéraire, ensuite il s'agit du lecteur et de la possibilité d'apprendre autant d'informations que possible sur la culture roumaine de la région de la Moldavie. 6 I. Cadre théorique : généralités et concepts opératoires I.1. Histoire de la traduction – repères chronologiques La nécessité de la communication entre les peuples du monde a conduit à l’apparition de la traduction. Ainsi, nous pouvons parler d’une histoire de la traduction qui est apparue depuis très longtemps. Nous allons faire une courte présentation de la naissance de la traduction et de son parcours jusqu’à nos jours, en nous appuyant sur les livres de Michel Ballard « De Cicéron à Benjamin : Traducteurs, traductions, réflexions », Presses Universitaires de Lille (1992), « Histoire de la traduction. Repères historiques et culturels », De Boeck (2013) respectivement sur celui de Lungu Badea Georgiana « Scurtă istorie a traducerii. Repere traductologice », Editura Universității de Vest (2007). Dans son livre, Michel Ballard présente l’histoire de la traduction en ordre chronologique et commence son exposé en dévoilant la période de l’Antiquité, du Moyen Âge, de la Renaissance et de l’époque moderne. Tout d’abord, la période de l’Antiquité a eu un rôle très important dans l’évolution de la traduction, cela étant limité seulement à ce que l’on nomme aujourd’hui « interprétation » (Ballard, 1992 : 21). Nous apprenons que cette fonction « d’interprète » a été exercée par les pharaons bilingues qui portaient le titre de « chef interprète » (Lungu Badea, 2007 : 10). Les premiers témoignages sont représentés par les inscriptions retrouvées sur les tombes des princes d’Eléphantine en Egypte, datant du troisième millénaire avant Jésus-Christ (cf. Ballard, 1992 : 21). Ensuite, le lien d’entre l’Antiquité et le Moyen Âge est marqué par le philosophe Boèce, le dernier représentant de la culture romaine, qui a assuré la cohésion avec la Scolastique du Moyen Âge. Il est reconnu pour la traduction des œuvres d’Aristote et, de plus, il a rendu possible la connaissance des travaux de Platon par l’intermédiaire de ses traductions, en devenant la principale source de la découverte des travaux des grands écrivains. Un autre traducteur qui a eu un rôle important dans l’histoire de la traduction, c’était Cassiodore, qui a été le disciple de Boèce (cf. Ballard, 2013 : 33). En ce qui concerne l’espace égyptien, à Bagdad a commencé premièrement une ample action de traduction des différentes cultures comme la culture chinoise, le persane et surtout greque. A cette époque- là, le plus important traducteur a été Hunayn Ibn Ishaq, linguiste et médecin qui connaissait 7 beaucoup de langues, fait qui lui a valu le nom de « cheikh des traducteurs » (Ballard, 2013 : 35). En général, cette période est marquée par les traductions sur des thèmes religieux, scientifiques et philosophiques effectués par les moines et les érudits qui vivaient dans un espace ecclésiastique. Une autre période qui a eu un impact considérable dans l’histoire de la traduction a été la Renaissance. Grâce à l'introduction du papier en Europe par les Arabes et l'invention de l'imprimerie, la traduction a été la clé de la connaissance de nouvelles cultures, étant en même temps « l'horizon de toute écriture, la matrice de l'activité que l'on commençait à appeler littérature » (Berman, 1984, apud Lungu-Badea, 2007 : 68). Considéré comme l’un des importants théoriciens de la traduction, le philosophe et humaniste Leonardo Bruni a réussi à jeter les bases de la traduction, en insistant sur l’importance de la connaissance d’une langue, y compris la grammaire et les éléments idiomatiques qui posent souvent des difficultés pendant le procès de traduction (cf. Lungu Badea, 2007 : 70). Une autre chose à remarquer à cette époque, c’est que vers 1530, apparaissait une idée inédite, selon laquelle « il y a des règles pour traduire » et « la traduction est un art » (Idem, p. 78). Il faut mentionner aussi que c'est l'époque des « traités » de traduction, par exemple : « Epître sur l'art de traduire » de Luther (1530), « La manière de bien traduire d’une langue en autre » d'Étienne Dolet (1540) (Ibidem). Après ces périodes où la traduction avait un rôle important dans la société car elle permettait aux humains de découvrir d’autres cultures, de s’enrichir et de s’informer, les XVIIème et les XVIIIème siècles marquent certaines exigences et normes esthétiques. Un écrivain prolifique qui a montré un grand intérêt pour l’art de la traduction a été l’auteur allemand Goethe. Ses traductions des langues latine, grecque, espagnole, italienne, anglaise et française ont eu un grand écho dans la littérature européenne. L’écrivain a exprimé son point de vue concernant la traduction à travers le livre « West-östlicher Divan » (1819) (Le Divan occidental-oriental) 1, où il a souligné trois grands types de traduction. Le premier type fait référence à la traduction en prose qui supprimait les spécificités du texte poétique, avec un accent particulier sur l’idée que ce type « nous fait connaître l’étranger dans notre sens à nous ; pour cela, rien de mieux que la simple traduction en prose » (Ballard, 1992 : 233). La deuxième modalité de traduction, nommée « parodistique » (Ibidem, 1992 : 234), met en lumière les textes sources qui paraissent écrits directement dans la culture cible, privilégiant en général les traductions en français et l’élégance française (ibidem). Le dernier type de 1 Traduit par Laurent Cassagnau (2012). 8 traduction, considéré par les traducteurs allemands comme étant le meilleur, a comme but principal une traduction identique à l’original pour une meilleure compréhension du texte source, étant celle « qui rencontre le plus de résistance chez les lecteurs, rebutés par des tournures étrangères » (Oustinoff, 2015 : 44). Cela se produit à cause du « croisement entre les deux langues » (Ibidem, 2015 : 43), qui est vu avec scepticisme. En ce qui concerne le XIXème siècle, nous rencontrons plusieurs traducteurs qui ont marqué cette période par leurs travaux. Ainsi, l’un des écrivains et des traducteurs les plus importants, c’est Gérard de Nerval qui a facilité la compréhension de l’œuvre « Faust » de Goethe dans la langue française. L’écrivain Gérard de Nerval a bénéficié de l’aide de son ami Théophile Gautier pendant ses travaux de traduction. Ils ont réussi à traduire ensemble plusieurs œuvres de Goethe, par exemple « Wilhelm Meister », traduction apparue en 1861. Le XXème siècle vient avec une grande nouveauté concernant la traduction, à savoir l’apparition d’une science qui lui est dédiée. Ainsi, les premières informations sur le domaine de « la traductologie » sont apparues en même temps que la création de « l’Ecole de Traduction et d’Interprétation », à Genève, et la création d’une section spéciale de traduction à « l´École des Hautes Études Commerciales » de Paris, en 1949 (cf. Nagy, 2020 : 36). Mais, nous pouvons parler d’une vraie théorie concernant la traduction lors de l’apparition en 1956 du travail « Problèmes théoriques de la traduction » de George Mounin. Egalement, en 1956, les théoriciens Jean-Paul Vinay et Jean Darbelnet publient le travail « Stylistique comparée du français et de l’anglais », où ils mettent les bases de la traductologie (Ibidem, 2020 : 35). Parmi les spécialistes traductologues les plus connus de cette époque nous pouvons citer : Antoine Berman, Jean-René Ladmiral, Jacqueline Guillemin-Flescher, Michel Ballard, etc. Alors, nous avons vu l’évolution de la traduction au fil du temps, dès l’Antiquité jusqu’à l’époque moderne. Mais, conformément au linguiste George Steiner nous pouvons faire une distinction plus claire entre les périodes historiques concernant les phénomènes de la traduction. Ainsi, la première période se développe entre l’année 46 av. J.-C., quand Cicéron lance le célèbre dicton de ne pas traduire verbum pro verbo et l’année 1813, quand l’accent est mis sur le rôle du traducteur ; la deuxième période se termine en 1946, c’est le moment de la philosophie concernant la traduction, puis, vers 1960, apparaît la période formaliste de la traduction et jusqu’à nos jours, nous pouvons parler de la période hermétique de la traduction (Steiner, an, apud Nagy, 2020 : 39). 9 I.2. Histoire de la traduction en Roumanie Les premières informations concernant la traduction dans l’espace roumain datent du début du XVème siècle, quand le voïvode Etienne le Grand a prêté serment de fidélité au roi Casimir IV, à Colomée, serment rédigé en latin après une version roumaine (cf. Lungu, Badea, 2007 : 140). Toutefois, le siècle suivant est marquant pour les traductions religieuses. Ainsi, il y a plusieurs livres de facture religieuse qui ont été traduits en roumain du slavon d’église, comme « Codicele Voronețean », « Psaltirea Scheiană », « Psaltirea Hurmuzaki » etc. (Ibidem, 2007 : 141). Le XVIIème siècle est marqué aussi par les traductions religieuses. Nous retrouvons à cette époque un traducteur renommé qui a réussi à faire connaître les textes religieux, il s’agit du diacre Coresi. Il a traduit plusieurs livres importants, ceux-ci ayant des préfaces dans lesquelles le traducteur expliquait son point de vue concernant les traductions (Ibidem, 2007 : 142). A la fin du XVIIème siècle apparaissent des œuvres avec des contenus différents, s’agissant de thèmes philosophiques, géographiques ou médicaux. Ensuite, le XVIIIème est reconnu pour l’apparition de glossaires bilingues, étant mise en relief la terminologie spécifique des textes religieux (Ibidem, 2007 : 148). Le début de ce siècle présente une personnalité littéraire et politique, Dimitrie Cantemir, qui écrit en latin « Hronicul vechimii romano-moldovlahilor », puis il traduit le travail en roumain. On découvre pour la première fois dans l’espace roumain le phénomène de « l’autotraduction ». (Ibidem, 2007 :150). Egalement, Dimitrie Cantemir est le premier écrivain roumain qui a été traduit dans une langue étrangère. Son travail « Istoria creşterii şi căderii Imperiului Otoman » rédigé en latin, a été publié en 1724 à Londres (The History of the growth and decay of the Othman empire) (cf. Ungureanu, 2013 : 5). Pendant ce siècle, on observe une grande activité de traduction et de publication. Les œuvres de cette période se trouvent sous l’influence de la langue française, étant marquées profondément par les événements politiques, économiques et culturels. (cf. Lungu Badea, 2007 : 155). Le XIXème siècle est une période culturellement enrichissante pour la langue roumaine, puisque les spécialistes ont essayé de trouver des solutions pour développer le vocabulaire de la langue, en s’appuyant sur les emprunts et sur leur adaptation en fonction du contexte (Ibidem, 2007 : 158). Parmi les traducteurs roumains les plus importants de cette période sont Mihai Eminescu, qui a traduit des sonnets de Shakespeare, et George Coșbuc, qui s’est arrêté sur une œuvre très connue et importante « La Divine Comédie », qu’il a traduite en environ 20 ans (cf. Ungureanu, 2013 : 6). Illustrant un point de vue complètement Next >